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Les clubs survivront-ils au Coronavirus ?

 

Les clubs, qui pourraient bien être « les derniers à rouvrir » leurs activités festives aux antipodes de la distanciation sociale, voient avec impuissance leur avenir mis entre parenthèses par le coronavirus.

 

Bien sûr les livestreams de DJ sets ont fait flores. Mais ils peinent à masquer l’angoisse des clubs face à l’incertitude quant à leur date de réouverture. Entre apprivoisement des aides de l’Etat, bras de fer avec les assurances et conjectures sur les mesures de distanciation, le scepticisme est de mise au sein de structures qui se sentent livrées à elles-mêmes, alors que le reste du pays organise son retour à la vie. Dans une interview au Parisien, Patrick Malvaès, président du Syndicat national des discothèques, estime même « qu’il faut 500 millions d’euros pour sauver les discothèques ». Sans quoi un tiers des établissements pourrait disparaître, les deux tiers survivant actuellement grâce au chômage partiel, aux fonds de soutien de l’Etat et aux prêts garantis par l’état (PGE).

 

Ambiance - Boite de nuit

© Marc Chesneau



Dès le 13 mars, Le Sucre, célèbre club en roof top lyonnais, a eu recours à tous ces dispositifs. Cédric Dujardin qui dirige Culture Next, la filiale de 41 salariés d’Arty-Farty en charge du Sucre, énumère les mesures prises : « On a recours au chômage partiel total pour la technique, la logistique, et le bar et au télétravail pour l’administration, la direction et un peu de com. Tous nos salariés sont en CDI, je ne perds donc personne de mon équipe, ce qui est une grande fierté. On a aussi fait une demande de PGE. Le seul aspect déceptif vient des assurances pertes d’exploitation. C’est un vrai bras de fer sur lequel on s’appuie sur l’UMIH (Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie), qui fait du lobbying pour nous sur ce point. »

Pour Dehors Brut, le club parisien qui a éclot l’été dernier sur une friche SNCF suite à la fin de l’aventure Concrete, le coronavirus a sonné le glas de l’aventure. Brice Coudert, directeur artistique de Surprize, la société derrière ces lieux, l’explique : « Avec le confinement, l’exploitation de Dehors Brut s’est arrêtée et avec la fin du bail temporaire, elle ne reprendra pas. La quarantaine de personnes qui constitue l’équipe est au chômage partiel et l’activité générée auprès des sous-traitants et des extras (agents de sécurité, secouristes, prestataires sonores, etc.) a cessé. Le confinement ayant aussi empêché la recherche d’un nouveau lieu, tous nos projets sont actuellement en stand-by. »

 

Modalités de réouverture et inquiétude des clients

Fred Pellichero, DJ résident à l’Amnesia, l’un des plus grands clubs de France au Cap d’Agde, subit la même situation. Lui est intermittent, ce qui n’est pas le cas de nombreux DJ auto-entrepreneurs : « Si je n’avais pas eu ça, ça serait très difficile, reconnaît-il. Je croise les doigts pour que ça se décante rapidement. L’Amnesia est dans le flou, il n’y a aucune directive de donnée. » Car tout l’enjeu réside bien dans les modalités de réouverture et la grande incertitude qui pèse sur le retour des clients, inquiets et appauvris. Le seuil de rentabilité des clubs tourne autour d’un remplissage à 80-85%. Avant de l’atteindre, se pose la question de réouvertures partielles : « Le Sucre a travaillé sur des formats diurnes, qui fidélisent un public qui nous suivra en mode apéro, malgré l’impossibilité du collé-serré du dancefloor. Quant à la partie nuit, c’est difficile, admet Cédric Dujardin. On a réfléchi à des concerts assis, au quadrillage du dancefloor, sur les 350m2 du Sucre, la distanciation nous amène à 80 places. Le modèle économique est quasi introuvable. » Brice Coudert quant à lui est catégorique : « Des événements espacés, en prenant la température à l’entrée sont peut-être possibles dans le théâtre, mais je ne relancerai pas la machine dans ces conditions. Pour nous la fête ce n’est pas ça et on ne pourra pas reprendre avant un vaccin. Il y aura peut-être un traitement avant, mais quand ? C’est l’avis que Resident Advisor a recensé partout dans le monde. » Fred Pellichero se veut plus optimiste : « Ne pas rouvrir avant un vaccin ? Non, je ne crois pas. Peut-être pas en juin, mais mi-juillet... Entre 0 et 5000 personnes, il y a de quoi faire. En tout cas, je ne vois pas tout le monde masqué sur le dancefloor, ce serait bizarre, quoi que jouable… » Pourtant, sans aller jusqu’au concept d’une combinaison pour clubber, et si un club hollandais a ironisé sur les soirées distanciées, la première a déjà eu lieu en Allemagne.

 

« Deux poids, deux mesures »

En attendant, tous espèrent que les aides perdureront plus longtemps pour leur secteur. Le gouvernement annonce qu’un plan de soutien à l’emploi va venir prendre le relais du chômage partiel, mais les règles de réouverture pourraient aussi être allégées pour certaines discothèques. « Ce qui est difficile c’est qu’il y a deux poids deux mesures, regrette Cédric Dujardin. Les quais du Rhône sont pleins, les gens ont envie de sortir et nous on est contraints par des mesures drastiques qui ne sont pas respectées dans l’espace public. » D’où également une recrudescence de fêtes privées payantes, avec les risques que cela implique en matière de prévention et de nuisances. L’UMIH a lancé l’appel « La nuit doit revoir le jour », inquiète de l’impossibilité qu’ont les clubs de jouer leur rôle de régulateurs.

Et les livestreams ne vont pour l’instant sauver personne, même si la Sacem a mis en place leur rémunération et qu’à l’instar de l’initiative United We Stream mise en place par Arte Concert, ils restent le seul moyen d’exister, comme le fait Le Sucre avec ses Internet Raves. Vincent Carry, qui dirige Arty Farty, a lancé L’appel des indépendants pour fédérer les énergies, que Brice Coudert a signé : « C’est important de tout faire pour montrer qu’on est vides et qu’on est nombreux à attendre des aides, confirme Brice Coudert. Clubs, boîtes de nuit, on n’est quasiment jamais cités. Pour 80% des gens c’est un truc à fric, alors que 80% des DJ gagnent une misère. » Il reste fort à faire afin que les clubs ne périssent pas du déconfinement.

 

Olivier Pellerin