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A Lyon, Le Sucre continue de faire danser au son de l’électro… mais sur Internet

 

Le confinement n’empêche pas le lieu culturel lyonnais de divertir les fêtards grâce à l’organisation, chaque semaine, de « raves virtuelles » diffusées en live. Des fêtes alternatives auxquelles se prêtent volontiers les artistes pour la plus grande joie des amateurs d’électro à Lyon, et au-delà.

 

« Fermé jusqu’à nouvel ordre », indique la bannière Facebook du Sucre (https://www.facebook.com/Sucre.lyon/). Ce haut lieu de la vie nocturne lyonnaise situé entre Saône et Rhône dans le quartier de la Confluence est connu, depuis son ouverture en juin 2013, pour sa programmation électro et son incroyable rooftop en teck. Mais comme tous les clubs et salles de concerts de France, l’ancien entrepôt destiné au stockage des sucres a fermé ses portes le vendredi 13 mars suite aux annonces gouvernementales pour lutter contre la propagation du Covid-19.

 

 

« Le music power nous sauvera de la morosité ambiante »

Pourtant, sitôt cette fermeture obligatoire annoncée, l’équipe du Sucre conviait tous ses habitués à une « Internet rave »…dès le lendemain. Lieu du rendez-vous ? « Chez vous ». Le 14 avril à 20 heures débutait donc sur « Twitch », une plateforme de streaming populaire dans le milieu du jeu vidéo, la première rave virtuelle de l’histoire du Sucre. Le line-up de cette soirée inédite : les DJ Pablo Valentino, Mush, Pedro Bertho et Mangabey. La réaction des internautes à cette fête surprise n’a pas tardé : « Tout n’est pas perdu ! », « Sans même avoir à se déplacer ! » « Le music power nous sauvera de la morosité ambiante, merci Le Sucre ! », ont réagi dans des commentaires les uns et les autres.

 

Comment l’équipe du Sucre a-t-elle eu aussi rapidement l’idée de poursuivre son activité de clubbing à distance ? « A l’époque du confinement en Chine, j’avais entendu parler des clubs là-bas qui retransmettaient en direct sur des plateformes de streaming des sets de DJ pour des clubbeurs chez eux, en quarantaine », explique Pierre Zeimet, programmateur du Sucre. « Quand on a appris la fermeture du Sucre, on a décidé de décliner ce modèle », poursuit-il.

 

« Garder le contact à distance »

Si la première rave virtuelle a eu lieu un samedi, c’est finalement le dimanche, jour de soirée emblématique pour le Sucre, qui a été choisi pour ces rendez-vous. « L’idée est de garder le contact à distance avec notre communauté », souligne Pierre Zeimet. Cela semble bien fonctionner. Lors de la diffusion du stream, l’écran montre le DJ en action, chez lui, tandis qu’à droite de la vidéo les commentaires des fêtards et du community manager du Sucre se succèdent et se répondent… comme lors d’une vraie soirée. « Je vais me chercher une bière. Quelqu’un veut quelque chose tant que j’y suis ? »/ « Le bar extérieur est toujours ouvert bb. C’est l’intérêt du sucre, LA TERRASSE !!! », plaisantaient ainsi deux noctambules confinés lors de la dernière soirée en date, dimanche 3 mai.*

 

Les lives étant en direct, comme lors d’une « vraie » soirée, les aléas techniques existent. Côté programmation, Pierre Zeimet se félicite de la latitude que lui offre ces conditions. Les raves virtuelles proposées par le Sucre sont, en effet, en accès libre et les DJ qui acceptent d’y participer le font gratuitement. Cela donne une programmation éclectique mêlant DJ locaux et internationaux. De Bothmark, DJ Chuimix, Warum, Sentiments, Tushen Raï et Neskeh pour la scène lyonnaise à des DJ de notoriété internationale comme S3A ou Shadi Khries qui est d’origine jordanienne sans oublier Balam qui a fait un set depuis la Corée du Sud, Jacidorex depuis la Belgique, Niv Ast depuis Tel Aviv ou encore Kris Baha depuis Berlin. Après le début du déconfinement le 11 mai, Le Sucre, comme tous les lieux culturels, reste fermé au public. Les raves virtuelles, elles, ne sont pas près de s’arrêter selon Pierre Zeimet : « On va continuer jusqu’à ce qu’on puisse rouvrir mais même lorsque l’on rouvrira, il y aura sans doute une période de transition où les gens limiteront leurs sorties », explique-t-il. Dans un secteur où les déplacements d’artistes s’organisent des mois à l’avance, l’équipe du Sucre prépare déjà l’après. D’ici là, souligne Pierre Zeimet, « la patience est le mot d’ordre ». Et la fête aussi, malgré tout.

 

Alcyone Wemaëre