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Pourquoi Nantes connaît actuellement un vrai renouveau de ses nuits électroniques

 

Par Trax magazine
En partenariat avec la Electronic Music Factory
28/09/2018

 

Cet article est également publié sur le site du magazine TRAX.
Texte : Arnaud Bénureau et Ismaël Martin

 

De nuit comme de jour et du sol au plafond, Nantes, ville historiquement rock, a depuis quelques années maintenant pris des allures de capitale à taille humaine des musiques électroniques. Dans sa version noctambule, le jeu à la nantaise a encore de belles heures à vivre devant lui tant les organisateurs de soirées font danser en bonne intelligence un public leur faisant confiance, les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes.

 

Tee-shirt gris foncé, combo jean-baskets à la cool, barbe de trois jours taillée comme il faut et sourire en permanence au coin des lèvres, Guillaume Combeuil s'installe à la table de l’un des rares cafés nantais où ne succèdent pas un DJ tous les quatre matins. Nous sommes mercredi et le garçon aux allures de gendre idéal n'est pas pressé. En ce début d’après-midi, pas de vinyles, casques ou machines à l'horizon. Pour une fois.

À 31 ans, dont plus de dix à mixer et cinq aujourd’hui à sonoriser les soirées électroniques aux quatre coins de la ville, l’auto-entrepreneur qui ne compte pas ses heures est devenu, malgré lui, une sorte de label du soundsystem pour le Nantes défendant encore la culture club. D’ailleurs, sur de nombreux murs d’événements Facebook estampillés électro, Combe, son nom de scène et de professionnel loueur de son, se fait une place au soleil. Comme si le son imaginé par le garçon faisait partie intégrante de la programmation. En même temps, lorsque l’on pousse la porte de son garage, on comprend vite que Combe est en capacité de rassasier l’appétit des organisateurs de soirées les plus affamés en matière de son. Entre ses murs s’entassent une trentaine de caisson de basses, pareil en enceintes et amplis, des kilomètres de câblage, de tables mixages… La liste de ses fournitures est aussi longue que le nombre de ses heures passées en soirée.

 

Un boom relativement récent

Et dire que son histoire a commencé lors de l’anniversaire d’un pote de pote, sonorisé « avec de pauvres enceintes. » Pourtant, des années plus tard, lorsqu’il s’agit de dessiner la forme d’une ville électronique, Guillaume Combeuil fait figure de référence non partisane. D’autant plus qu’il a vécu de l’intérieur « le climax de 2014 à 2016 », période où Nantes ne savait plus où donner de la tête en matière de soirées. Alors, aujourd’hui, où en sommes-nous ? « Nantes est à maturité. Je pense que nous arrivons après Paris et Lyon. Au regard du nombre d’habitants, ce n’est pas rien. » Calmement, Combe nous explique pouvoir sonoriser quatre à cinq soirées en même temps. Comme il y a quelques jours. C’était un samedi après-midi sur la terrasse de Trempolino, campus musical et plateforme d’accompagnement, lors de la remuante résidence du local Simo Cell. Nous avions vu Combe danser. Rare. Autour d'un booth revisité façon chantier, ils étaient plus de deux cents avertis à s'agiter. Ambiance confinée et rythmée. « Ici, les gens sont détendus. Ils ne viennent pas pour se montrer. Dans la plupart des teufs à Nantes, le public vient avant tout pour écouter la musique ».

La veille au CO2, club installé depuis des lustres au cœur d’un quartier en pleine mutation, le Bas-Chantenay, il célébrait en tant que sonorisateur et organisateur les dix ans de son collectif Input Selector. Quelques tracks plus tard, à l’heure de ponctuer son week-end marathon en bord de Loire, nous le retrouvions sur les pelouses du Goûtez Électronique pour une nouvelle édition à succès de la kermesse du dimanche. « Et encore là, ça va. J'ai eu le temps de dormir quatre heures entre chaque événement. » Même si un tel planning peut sembler de nos jours monnaie courante, ce n’a pas toujours été le cas. « La scène a bien changé, explique Simo Cell, jaune et vert de naissance aujourd'hui expatrié pour le métier. Il y a un gap entre aujourd’hui et la scène que j’ai connue à l’époque. Il y a un nombre énorme d’associations, de DJ’s locaux, d’activistes… Je pensais être au courant de tout ce qui se passait ici et suivre, même de loin, la scène nantaise. Et bien, l’année dernière, ça m’a fait bien rire de voir l’affiche d’une teuf all stars avec pleine de locaux et de ne connaître que 20% des noms sur le line up. C’est bon signe. » C’est bon signe aussi lorsque les artistes invités se font les ambassadeurs de Nantes la nuit. « Mes potes DJ’s qui tournent partout sont toujours très surpris lorsqu’ils viennent jouer ici. Ils sont surpris aussi bien par la qualité des clubs et du son que par la qualité du public. Même les DJ’s internationaux d’ailleurs. Je me souviens de DJ Pete qui m’a énormément parlé du CO2 et de la soirée où il avait joué. Il en garde un très bon souvenir ».

 

Des lieux originaux pour taper du pied

La soirée en question était signée Abstrack, collectif précurseur en matière de découverte de nouveaux espaces de danse. La preuve encore avec la troisième édition de leur festival Résidanse qui vient de se terminer dans une ancienne cour d’école réhabilitée en maison de quartier. Réalisé avec trois bouts de ficelle et une énergie folle et communicative, Résidanse est une ode à la fête libre et ceux qui la constituent. Mais c’est aussi donc la célébration d’un territoire. En effet, la force de l’écurie Abstrack est de rendre ses lettres de noblesse à la nuit et même au jour tout en permettant aux festivaliers de (re)découvrir un pan de sa ville. Délocalisé dans le Bas-Chantenay, quartier historiquement ouvrier et aujourd’hui ayant fortement tendance à se gentrifier, le festival Residanse a su défricher de nouveaux territoires pour mieux cartonner. Des Ateliers de la Ville en Bois, perdus dans un coin résidentiel de la haute ville, au Chantier naval de l’Esclain en passant par le Macadam, hotspot de la night made in Nantes, le parcours a des allures de Journées du Patrimoine résolument modernes.

Malgré les apparences, les nuits électroniques à Nantes ne se cantonnent pas aux quatre murs d’un club. Non. Ici, la nuit électronique se conjugue à tous les temps et sous toutes les formes. Comme celle du live se faufilant au plus près des comptoirs. Telle est la démarche développée depuis maintenant trois ans par Florence et Élise, les filles d’Alien She. « Notre volonté est de sortir du format club afin de mettre en avant la scène alternative et expérimentale. » Et cette mise en avant passe par des lieux peu habitués à la grammaire électronique : le Café du Cinéma, Au Chien Stupide, la fabrique à vin urbaine du Bras de Fer, le laboratoire artistique du Jardin C, la Zoo Galerie… Au total, depuis janvier dernier, c’est une vingtaine de concerts, du solo de batterie ou de machines au groupe de synthwave, programmés par Alien She. Cette envie de sortir de sentiers battus, non pas pour faire les fiers, mais bel et bien pour proposer une offre culturelle toujours plus grande au public, nous la retrouvons aussi chez les grands frères pailletés d’Alien She : Maison Acid qui incarne bien le Nantes d’aujourd’hui. À la fois label, mais surtout dynamiteurs de soirées, Maison Acid est habitée par des pensionnaires artistes/DJ’s vraiment fort musicalement, mais surtout balèzes lorsqu’il est question d’embarquer toute une foule dans une transe à vous faire perdre les pédales.

Nantes, c’est finalement cela : des organisateurs, des clubs, des artistes ne se marchant jamais sur les pieds pour que les Nantais de toujours, d’adoption ou juste de passage (re)découvrent tous les possibles d'un territoire à la carte son bien pensée.

 

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Les lieux et collectifs à ne pas manquer :

- CO2
- Des Ateliers de la Ville en Bois
- Macadam

- Input Selector
- Abstrack
- Maison Acid