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« En tant que lieu culturel, on a une responsabilité » : ces clubs qui ne veulent plus jamais polluer comme avant

 

Comment dépolluer le dancefloor ? Le monde de la nuit, mis à l’arrêt depuis plus de trois mois, est aujourd’hui en pleine introspection. A travers la France, des patrons de clubs s’engagent pour réduire les déchets et l’empreinte carbone de leurs soirées.

 

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La Machine du Moulin Rouge

 

Par Trax Magazine
En partenariat avec la Electronic Music Factory

 

Ces DJs stars qui viennent de l'autre bout du monde en avion pour un set de quelques heures, ces pailles en plastique servies automatiquement avec les cocktails... Les pratiques anciennes du clubbing ont-elles leur place dans le monde de demain ? Alors que les boîtes de nuit sont fermés depuis le 14 mars dernier pour cause de mesures sanitaires, certains patrons ont pris conscience qu’ils ne pourront plus jamais faire la fête comme avant. « Puisque les voyages en avion sont impossibles, on sera bien obligés, pendant une période indéterminée, de se recentrer sur la scène locale. ça tombe bien parce que dans notre région, on a une scène ultradynamique et vivante. », se projette Alexis Tenaud, l’un des créateurs du Macadam, petit club techno né il y a trois ans en périphérie de Nantes. « Mais il faut que cela se transforme en réflexion à long terme. Beaucoup d'artistes viennent chez nous depuis Amsterdam, Londres ou encore Berlin, et prennent donc l'avion pour rester 3 heures chez nous... C'est très polluant. On est en train de lancer la discussion avec d’autres clubs de région dont la direction artistique se rapproche de la nôtre, pour voir si on pourrait coordonner nos programmations. Ainsi, les DJs étrangers se déplaceraient pour faire plusieurs dates en France et prendraient moins d'avion. »

 

Programmer des artistes locaux pour des soirées en circuit court

 

Une réflexion similaire est déjà engagée dans le quartier de Pigalle à Paris, au célèbre club La Machine du Moulin Rouge : « Il y a une énorme concurrence entre les clubs, et une surenchère au cachet des artistes internationaux, si bien qu'on ne pouvait plus suivre. Cela a été le prémisse de nos réflexions, et nous avons décidé de nous recentrer sur des DJs européens. », rembobine Stéphane Vatinel, directeur de Sinny & OOko, société productrice du club parisien. « Depuis deux ans déjà, on a demandé à ce qu'ils ne prennent pas l'avion. On préfère payer l'Eurostar à un artiste britannique, même si c'est un peu plus cher ! La crise va nous pousser vers encore plus de localisation, et on en est très heureux. », se félicite-t-il.

 

des clubs plus propres : réduire et recycler les déchets

 

Au Sucre, espace de 450 mètres carrés sur les quais de Saône à Lyon, s'engage également pour la planète depuis plusieurs années : quand des artistes viennent en avion, par exemple, le lieu s'engage à compenser l'empreinte carbone du voyage. Depuis deux ans et demi, les pailles en plastique ont disparu des mojitos du Sucre. Un engagement que le directeur Cédric Dujardin compte pousser plus loin encore à la réouverture du club, en sensibilisant encore davantage les fêtards afin de recycler tous les déchets. « Cette épidémie appelle à une réflexion sur la façon dont on habite cette planète. Cet engagement sur le plan écologique, c'est aussi ce qui nous différencie des discothèques plus généralistes : en tant que lieu culturel, on estime qu'on a une responsabilité. », rappelle-t-il.

Pour porter ces valeurs et se défendre auprès des institutions, le Macadam, le Sucre, le Rex et la Machine ont signé l'Appel des indépendants, tout comme quelque 1295 structures à travers la France. Né à Lyon le 11 mars dernier, le mouvement s'engage pour promouvoir une culture plus accessible et porteuse de valeurs environnementales et sociales. Au cours de l'été, les signataires veulent organiser des débats sous forme « d’états généraux de la culture », et même s’associer à des acteurs d’autres pays européens. Dans leurs désirs de révolution verte, ils sont rejoints par les organisateurs des conférences numériques Danser Demain, qui réfléchissent aux moyens de responsabiliser les acteurs de la nuit sur les questions environnementales.

 

C. Laborie

 

30 juin 2020