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« On s'est rendu compte de ce qui comptait vraiment » : quand les plus grands DJs parlent de l'avenir du clubbing

 

Pour les DJs, la période est-elle propice à la création, angoissante ou bien reposante ? Un peu de tout ça à la fois. Des figures du mix comme Honey Dijon, Luciano et Eats Everything se sont confiés avec sincérité dans le documentaire “Distant Dancefloors”, diffusé sur YouTube par Pioneer DJ.

 

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© Lightfield Studio

 

Par Trax Magazine
En partenariat avec la Electronic Music Factory

 

Comment Honey Dijon, Luciano, Blond:ish et Eats Everything perçoivent-ils leur avenir, après cinq mois sans tournées ni interactions avec leur public ? C'est la question posée par DJ Pioneer dans un documentaire de 32 minutes disponible sur YouTube. Des DJs britanniques, canadiens américains partagent leurs angoisses liées à l'apparition progressive des mesures de distanciation sociale, et les annulations successives de leurs dates prévues au printemps et cet été.

Certains, comme la musicienne house canadienne Blond:ish, ont choisi très vite de reverser toute leur énergie dans l'organisation de sets en livestream, ravis d’interagir avec leur public via des plateformes comme Twitch. Comme le rappelle à l'écran le psychothérapeute et musicien britannique Adam Ficek, les artistes ont un besoin constant de validation, et c'est l’une des raisons pour lesquels le confinement a pu leur paraître si difficile. Les lives digitaux les ont, à ce titre, aidé à traverser cette période plus sereinement.

 

 

Honey Dijon, elle, a préféré partager des tutos de cuisine vegan plutôt que des sets faits maison. Elle s’en explique dans le documentaire : « Je n'ai pas fait de streaming depuis qu'on a été confinés, parce que j'avais l'impression de n'avoir rien à dire. […] Je viens d'une époque où le clubbing était un phénomène culturel, et j'ai le sentiment que de nombreux livestreams ne relevaient que du divertissement ».

 

Le confinement, période de questionnements et de ressourcement

 

Le documentaire s'attache aussi à comprendre l'impact du confinement sur le processus créatif des DJs interrogés. La New-Yorkaise Honey Dijon rappelle que pour elle, l'inaction et l'ennui peuvent être un vecteur de créativité nécessaire au sein d'une carrière. Pour Adam Ficek, le confinement pouvait d’ailleurs s’avérer utile pour prendre du recul et se remémorer pourquoi on a, au départ, voulu vivre de la musique.

Tous ces musiciens, à l'issue de cette période de confinement, en sont venus à une remise en question de leur pratique. Le célèbre DJ chillien-suisse Luciano, figure de la techno minimale internationale, avoue l'avoir vécu comme « une cure de désintoxication » : « j'étais presque en burn out, je travaillais trop, et je ne savais pas vraiment comment m'arrêter, donc ça m'a en quelque sorte forcé à atterrir ».

Aujourd'hui en pleine tentative de résilience, les artistes interrogés essayent tant bien que mal de se représenter l'avenir du clubbing, et notamment l’année 2021. Leur parole est porteuse d'espoir, car comme l'explique Blond:ish, « On ne peut pas empêcher les humains d'interagir pendant un an... On va donc être créatifs pour s'en sortir ».

Au-delà des questionnements sur l’industrie musicale, cette période de crise nous aura, partout dans le monde, amenés à repenser nos priorités. C'est ainsi qu'Honey Dijon clôt le documentaire avec philosophie : « On s'est rendu compte de ce qui comptait vraiment. Et ce n'est ni l'argent, ni la célébrité. C'est notre santé et celle de notre famille ». 

 

C. Laborie

12 août 2020